Lumière de Carole Trébor : voyage et magie au siècle de Diderot.

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Mettre au jour son passé et affronter son avenir, voilà ce qui attend Svetlana dans Lumière, le roman historico-fantastique de Carole Trébor, l’une des auteurs d’U4, la fameuse saga française écrite à quatre mains. Retour ici sur un périple, qui au coeur du siècle des Lumières, vous conduira de Paris à Saint-Pétersbourg.

Le résumé :

Paris, 1774. Svetlana Horville est une jeune adolescente d’origine russe adoptée à l’âge de trois ans par Jeanne et André Horville, un couple d’intellectuels français. Élevée dans ce siècle des Lumières, amoureuse de la raison et de la science, Svetlana s’est épanouie au contact des découvertes et des théories qui ont jalonné son époque. Il ne pouvait en être autrement avec un père auteur d’articles de l’Encyclopédie, (ami de Diderot et d’Alembert) et une mère artiste-peintre reçue à la cour de la Tsarine Catherine II de Russie. Mais, depuis la mort de sa mère adoptive, l’adolescente est hantée par une promesse et par les mystérieuses paroles prononcées par Jeanne. Au prix de grands efforts, la jeune fille parvient à convaincre son inconsolable père d’effectuer un long voyage qui la conduira jusqu’en Russie, sur le chemin de ses origines.

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Accompagnée de son père et de Guy, l’ami fidèle, et munie d’une lettre écrite par la main de Diderot lui-même, la jeune adolescente entreprend la difficile traversée des plaines enneigées et espère trouver refuge à Saint-Pétersbourg chez la Tsarine en personne. Car Svetlana est convaincue que les réponses à ses questions se trouvent sur les terres du pays qui l’a vue naître. Qu’a tenté de lui faire comprendre dans un dernier souffle, Jeanne, sa mère adoptive ? Qui pourrait l’éclairer sur les étranges circonstances qui entourent la mort de ses parents biologiques ? Qui était réellement Ania Gronine, sa véritable mère ?

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À travers le froid polaire et les dangers, Svetlana essaye de ne pas perdre pied sur la route de sa propre histoire. Dans cette quête identitaire, la jeune fille se verra confrontée à ses propres ambiguïtés et devra faire face à sa propre part d’ombre, aux mystères et la magie qui sommeillent en elle … Secourue par Aliocha, un jeune cosaque russe sale et ébouriffé, elle trouvera en lui un guide et un compagnon de route. Le jeune homme, un paysan rebelle en connexion avec la nature et les anciens dieux païens est en totale contradiction avec la philosophie qui habite Svetlana. Mais, fort, rusé et courageux, il se révélera aussi être un allié précieux et un interlocuteur plus curieux qu’il n’y parait.

Face à des pouvoirs qui la dépassent, la jeune Svetlana devra user de toute la force sa raison, mais également suivre son coeur …

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Mon avis :

J’ai fort bien choisi mon moment pour entreprendre ma lecture de Lumière. Au chaud sous un plaid, profitant des vacances d’hiver et d’un temps qui n’avait pas grand-chose à envier aux grandes pleines enneigées qu’arpentait au même moment l’héroïne. J’ai donc beaucoup apprécié ces paysages blancs, ce froid mordant et ce climat particulier joliment installé par l’auteure. La toile de fond russe est d’ailleurs travaillée à grand renfort de mots, de références historiques et géographiques. Mieux qu’un guide touristique le roman vous offre une découverte du Saint-Pétersbourg du XVIIIe et de ses lieux emblématiques. Les croyances et le folklore russe figurent également en bonne place et sont richement exploités dans ce roman de Carole Trébor. Sans alourdir son récit, l’auteure, également historienne spécialiste de la Russie, a su me faire voyager. De Paris à Saint-Pétersbourg, j’ai vraiment éprouvé avec Lumière la sensation de cheminer au côté de Svetlana dans les paysages enneigés de la Pologne et de la Lituanie. 

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Ce que j’ai donc aimé dans Lumière, c’est donc incontestablement l’atmosphère qui s’en dégage. L’autre point fort du roman serait le sujet en lui-même qui me semble pouvoir trouver un écho favorable auprès du jeune public. Ce roman d’apprentissage, de formation met en scène une jeune héroïne qui part en quête de ses origines et doit affronter sa destinée. Volontaire et déterminée, Svetlana s’interroge, se questionne et doit affronter la part d’ombre d’un monde qu’elle croyait si bien rationalisé. Obligée de faire face à la complexité de l’univers, la jeune Svetlana découvre également que tout n’est pas tout aussi lumineux qu’elle le croit. Des révélations sur sa famille jusqu’à l’affirmation de soi, l’adolescente devra prendre des décisions et assumer ses choix. Si l’on ajoute à cela de l’action, du danger, un semblant de romance et une bonne dose de fantastique, il semblerait que Lumière ait sur le papier tout pour plaire. 

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Oui, mais … je suis malgré tout restée sur ma faim. De nombreux éléments ne sont  pas assez développés à mon goût. L’ensemble manque pour moi de fond et de profondeur. Si Carole Trébor a su matérialiser le décor dans lequel évoluent ses personnages, ses héros manquent selon moi de corps et de matière. Le personnage d’Aliocha se révèle d’ailleurs peut-être plus intéressant que l’héroïne elle-même, c’est dire. Quant aux amourettes de Svetlana, je trouve qu’elles desservent franchement le roman. Dans un roman jeunesse mettant en scène une jeune adolescente, elles font un peu ici figure de « passage obligé » d’ailleurs assez agaçant. 

Quant aux explications et aux clés de l’histoire, j’ai trouvé qu’elles étaient souvent données trop vite. Les informations sur les origines de Svetlana, ses pouvoirs ou les anciens dieux païens défilent rapidement sous nos yeux. S’il s’agit ici de mettre en place de toute une mythologie et de poser les bases d’une saga (ce que je me suis légitiment demandé lors de ma lecture), tout cela est un peu trop rapide à mon goût.

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J’aime lorsque certaines choses s’installent dans la lenteur, quand l’auteur donne de l’épaisseur, du corps, de la matière aux personnages et aux éléments. Et à mon sens, le roman historique se prête parfaitement à ce genre de narration. Il en va de même pour le fantastique. J’aime le deviner, le soupçonner, puis peu à peu le voir poindre, avant qu’il ne fasse sa grande entrée à grand renfort d’effets quasi cinématographiques ! Ici, le fantastique, presque timidement annoncé sur la 4e de couverture, arrive un peu de nulle part. À ses prémices, il prend vaguement la forme d’une pierre magique, puis s’incarne dans un couple de personnages : Varlaam et Mira dont on reporte sans cesse la levée de leur véritable identité et qui selon moi font plus office de faire-valoir que d’êtres fantastiques à part entière.  

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Cependant,  j’ai apprécié la réelle prise de risque de Carole Trébor et elle est a saluer. Elle place sa jeune héroïne au coeur d’un siècle riche et passionnant, peu connu des jeunes lecteurs de collège. Les références au siècle des Lumières sont nombreuses : Diderot, D’Allembert, L’Encyclopédie, Falconet, Newton … L’appareillage proposé en fin de roman est très intéressant et illustre bien la dimension didactique de cet ouvrage. Mais, là encore, si l’auteure aborde cette soif de savoir et de connaissances ou cette foi dans la science et le progrès qui animait tout ce siècle, il me semble que les idées de tolérance, de respect insufflées et véhiculées par cette époque sont quelque peu laissées de côté. Les dialogues entre Svetlana et Aliocha par exemple, illustrent a minima la lutte contre l’ignorance et l’obscurantisme. Pour ma part, je regrette un peu que Carole Trébor n’ait pas saisi la trop belle occasion de présenter plus en profondeur ce siècle si riche …

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 Et vous alors, enchanté et sous le charme de Lumière ou comme moi vous restez un peu sur votre faim ? 

Céline.

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