Chroniques

Prodiges, Elie Henon

Andrea, talentueux faussaire vit dans les Sanglots aux côtés de sa mère, son mentor qui lui apprend l’art de copier les toiles des plus grands maîtres. Sa vie bascule lorsque son père Antonio Sforzi, Doge de la Confédération les retrouve et oblige Andréa à se présenter au Concours de l’Inspiration Divine aux côtés de son demi-frère Césare, fils légitime et héritier désigné. Une compétition qui réunit les talentueux héritiers et héritières des nobles et grandes familles de la Conféderation. Un concours émaillé d’épreuves qui ne peut sacrer qu’une seule maison et dont les enjeux dépassent les épaules des jeunes héritiers. Deux fils pour un seul titre de vainqueur, car pour Antonio la défaite de la famille n’est pas une option …

Dans cette course au sacre, tous les coups sont permis et vos adversaires ne sont pas les seuls obstacles sur votre route. Il faut en effet lutter pour achever dans les temps son chef d’oeuvre, tenter ensuite de convaincre et séduire le Sérénissime, la divinité qui elle seule pourra insuffler la vie à votre œuvre et la transformer en Prodige.
 
Pour cela les jeunes concurrents peuvent bien évidemment compter sur leurs incroyables dons artistiques, mais aussi sur les anciens prodiges et spécialités de leur famille. Tous excellent dans des domaines artistiques bien définis, comme l’affichent les noms de leur maison : les musiciens, les orfèvres, les tailleurs d’images, les ébénistes, les architectes et les métallurgistes.  
 
Pour le vainqueur, au-delà de la consécration artistique, c’est l’assurance de voir sa famille prendre le pouvoir et un jour régner …
 

J’ai adoré Prodiges !

Un roman captivant, bourrés de rebondissements, de révélations, qui regorge de complots, de manipulations. Sur la grande scène de l’Académie, la toile ne compte pas assez de fils pour celles et ceux qui opèrent l’ombre.

Les phrases parfois courtes donnent du rythme à la lecture et accélèrent la narration, c’est facile à lire, agréable, efficace, captivant ! L’intrigue et les personnages révèlent bien des facettes, le lecteur se laisse surprendre et embarquer d’un chapitre à l’autre ! 

On plonge surtout dans un vrai univers !

Le récit tisse avec style, élégance et efficacité une subtile alliance entre Fantasy, Histoire et Romance. 

La création artistique et le monde des arts sont parfaitement évoqués, le roman regorge d’imagination et de petites trouvailles créatives comme je les aime. Académie, palais, canaux, ateliers d’artistes … l’univers inspiré de La Renaissance italienne est cohérent et parfaitement façonné, on pense bien sûr à Venise, la cité des Doges où le lecteur évolue avec le sentiment d’être dans un environnement tout à la fois familier, mais aussi délicieusement créatif et dépaysant ! 

Musique, peinture, sculpture les scènes de création artistique sont très riches et très intéressantes, elles disent le rapport à l’inspiration, au modèle et à la création et offrent de beaux passages à la fois descriptifs et intenses. En cours de Français, mais aussi en Arts plastiques, il y a là de beaux extraits pour travailler le thème du génie, du prodige, la puissance ou l’impuissance créative, mais aussi le vocabulaire des arts. 
 
Au delà de la compétition et des affrontements qui opposent les personnages les uns aux autres, le roman prend aussi une autre dimension et aborde le poids de l’héritage et du modèle auquel il faut ou l’on doit se conformer. Le rapport au père et à l’autorité. L’obligation parfois d’embrasser les aspirations parentales et d’assumer des choix qui ne sont finalement pas les nôtres. Elie Henon brosse de jeunes personnages artistes tout à la fois en quête de leur art, de gloire, de reconnaissance, mais surtout d’eux-mêmes. 
 

 Prodiges, c’est aussi une histoire d’amour teintée d’ombres et de tourments qui raconte toute la complexité des émotions et les douleurs qu’on s’inflige. Les personnages parfois en souffrance et les héros faillibles, miroirs des tourments adolescents, permettent à l’autrice d’aborder avec finesse la santé mentale. 

Si j’ai adoré le personnage d’Andrea pour son impertinence, son humour et son sens de la provocation, j’ai été très touchée par les tourments de Cesare, sa sensibilité, sa souffrance de ne pas se lire dans les yeux de son père, son mal-être et son génie créatif. 

Surprenant, innovant, bien ficelé, riche et bourré de créativité, Prodiges est une lecture qui sort des sentiers battus que je ne peux que vous conseiller ! 
 
Si vous souhaitez découvrir d’autres titres de littérature jeunesse n’hésitez pas vous promener dans la rubrique Chronique ! Et si vous souhaitez papoter lecture, échanger sur des titres ou si vous êtes à la recherche d’avis ou de recommandations je vous donne rendez-vous sur Instagram ! A très vite, Céline.