Donner le goût de lire

Les 5 L : 5 piliers pour créer un lien durable avec la lecture.

Devenir lecteur.ice ce n’est « juste » apprendre à lire, c’est aussi construire avec le livre et la lecture un lien tangible, physique et concret. Une relation qui j’en suis convaincue se doit d’être palpable si elle veut être durable. Je prône souvent un « donner corps au livre”, je milite pour lui donner, lui redonner au sein de nos pratiques pédagogiques, une matière. Car l’acte de lire est souvent pour les élèves un processus immatériel, abstrait et lointain… 

Lire est une expérience physique, un engagement du corps, une mobilisation des espaces-temps. C’est tout à la fois un engagement de l’esprit et un perdre-pied. Un ancrage et un flottement. Une sensation merveilleuse quand elle est conscientisée. Oui, mais avant, bien avant … quand on n’aime pas lire ? On fait comment ? … Au fil de mes projets, de ma pratique, j’ai pensé, observé et testé ce que j’appelle les 5 L : cinq conditions concrètes qui permettent aux jeunes de construire une relation plus libre, plus apaisée et plus durable avec les livres.

Pas de baguette magique, pas de révolution, je m’inscris sans doute dans la grande lignée de toutes les idées défendues par les amoureux.ses et les passionné.es de lecture et je ne formule ici que ce que je prône en classe au quotidien. 5 piliers à défendre, encourager et ériger ensemble, professeurs et élèves, parents et enfants. En fin d’article, retrouvez l’affiche à destination des jeunes lecteurs pour faire de ces 5 piliers des conseils et rappels essentiels à glisser sur les murs de nos salles de classe, couloirs, CDI, salles d’étude, chambre d’enfants ou d’ados ! 

1. Lire avec les oreilles

Un livre, ça s’écoute aussi. Un élève, un enfant qui n’aime pas lire ne déteste pas forcément les histoires. Les livres audio peuvent devenir une formidable porte d’entrée vers la lecture : voix, bruitages, musique, ambiance sonore… lire avec les oreilles est une expérience immersive qui donne ou redonne le goût des récits.

2. Un lieu à soi

Le plaisir de lire passe aussi par l’espace. Aménager un coin lecture chaleureux et sécurisant en classe ou à la maison, c’est faire bannière, c’est matérialiser la place du livre et de la lecture. 

En classe, disposer des livres dans la salle grâce à des étagères, des bacs à livres, des tourniquets, des armoires, des rebords de fenêtres, c’est déjà matérialiser l’espace et inviter le livre dans la salle de classe. 

C’est surtout reconnaître au livre et à la lecture un statut privilégié et les revendiquer. Pour cela, partout ailleurs il suffit de peu : quelques coussins, un plaid, une lumière douce, une cabane dans le jardin, un tipi dans le salon … un carré d’herbe, le pied d’un arbre dans la cour… `

Inviter les élèves à se créer un coin lecture à la maison, c’est les aider à s’engager agréablement sur le chemin de la lecture. Prendre possession des murs avec des affiches récupérées en librairie par exemple, cela semble anodin, mais c’est déjà faire entrer le livre chez soi et ce n’est pas rien.

3. Limiter les distracteurs

Lire demande de l’attention… l’attention s’apprend, s’entretient et se protège. Téléphone en silencieux, pancarte “Ne pas déranger, je lis !”, casque anti-bruit, collation préparée à l’avance : tous ces petits rituels aident les élèves et les enfants à entrer pleinement dans leur lecture. 

Préparer un panneau « Chut, je lis » en classe ou à la maison, c’est déjà s’engager dans un processus de lecture, c’est préparer et affirmer son futur statut de lecteur.ice. Des gestes simples qui s’ils sont initiés par les adultes ne manqueront pas d’aider le jeune lecteur à se projeter dans sa lecture, à y entrer et à faire durer le plaisir. 

4. La liberté des choix

Le lien à la lecture se construit dans la liberté. Pouvoir abandonner un livre, changer d’avis, lire seulement 5 minutes, préférer un genre plutôt qu’un autre, écouter un texte lu à voix haute… 

On ne devient pas lecteur sous la contrainte et Pennac l’avait bien compris. Les droits du lecteur.ice sont fondamentaux et imprescriptibles. Ils se respectent, s’affichent dans les salles de classe et sur les murs de la chambre, se défendent et se revendiquent.

5. La place du corps

Lire est aussi et peut-être en premier lieu une expérience physique. S’allonger, se balancer dans un hamac, lire sous une couette, étendre ses jambes, sentir son corps peser sur le matelas et puis finalement l’oublier… 

Chercher le confort, le doux, autoriser en classe ou à la maison toutes les postures, même les plus décontractées, c’est comprendre que lire est un bien-être à proprement parler. Et quand le corps se détend, s’abandonne et s’oublie c’est l’imaginaire qui prend toute la place !

Ces 5 L ne sont bien évidemment pas des “méthodes miracles”, mais des pistes simples pour remettre le plaisir, le confort et la liberté au cœur de nos pratiques. Lire n’est pas un acquis, donner le goût de lire à nos élèves et à nos enfants, s’initie et s’entretient. 

Du discours porté en classe au geste professionnel conscient et affirmé toutes les démarches qui encouragent la lecture sont autant de petites graines semées. C’est un potentiel activable, réactivable à tout moment. C’est une politique du petit pas qu’on amorce souvent s’en rendre compte.  

Amoureuses.eux de la lecture, vous souhaitez la promouvoir et donner le goût de lire à vos élèves ? Vous êtes au bon endroit ! N’hésitez pas consulter notre article sur le coin lecture et la rubrique Donner le goût de lire, vous y trouverez je l’espère de quoi faire naître et grandir le plaisir de lire dans votre salle de classe ! A bientôt, ici ou sur les réseaux. Céline.