Chut, ils lisent ! 10 tips pour un 1/4 d’heure lecture réussi.

Vous aussi vous rêvez de faire lire les élèves silencieusement quinze minutes tous les jours ? Vous pratiquez dans votre cours et vous souhaitez étendre cette pratique à tout votre établissement ? Ou alors vous hésitez encore ou vous en rêvez secrètement. Voici, pour vous, un petit retour d’expérience sur le projet Silence on lit et 10 tips pour un 1/4 d’heure lecture réussi ! 

Le 1/4 d’heure lecture en deux mots ? Silence et plaisir ! En quelques phrases ? Pensez simplement à 15 minutes quotidiennes entièrement dédiées à la lecture silencieuse et personnelle. Un temps pour soi où chacun (élèves comme personnels de l’établissement) plonge en silence dans un livre. Une bulle hors des temps de l’apprentissage et de l’évaluation, une activité intime et privée, mais partagée par tous au même moment, une parenthèse, une pause dans la vie du collège. Bref, le plaisir de lire à l’état brut et à l’école, tout simplement.

10 tips pour un 1/4 d’heure lecture réussi : 

1.Emparez-vous du projet !

Créneau horaire, mise en place, objectifs, questions des uns, réticences des autres … comme pour chaque projet d’établissement les choses n’iront pas forcément de soi. Selon moi, les directives ministérielles ou académiques n’empêchent pas une concertation ou une réflexion préalable afin de penser le projet avant sa mise en place. Bien au contraire. Penser le 1/4 d’heure lecture en équipe, selon son public et son établissement, me semble être une condition absolue et un des critères de réussite fondamental du projet. Ici, le projet nous fut proposé en conseil pédagogique, conquis par l’idée, nous avons tout simplement constitué un comité 1/4 d’heure lecture composé de quelques collègues volontaires et désireux de réfléchir au projet et à ses modalités. Et en une petite heure de réunion (autour d’un café-livres accompagnés de quelques douceurs, ça aide) … les bases étaient posées !

2. Trouvez des piliers.

Entourez-vous de collègues porteurs du projet. Sa réussite n’incombe pas à une seule personne (le. la documentaliste, le chef.fe d’établissement ou le.la seul.e coordinateur.trice de l’équipe de lettres). En ça, le Comité 1/4 d’heure lecture évoqué plus haut vous garantit déjà le soutien d’une partie de l’équipe et permet une diffusion plus large et plus rapide des modalités et des vertus du projet ! Inutile de préciser que l’équipe de Lettres doit être à mon sens partie prenante du projet. Mais trouver des piliers dans d’autres disciplines garantira aussi le caractère universel du quart d’heure lecture aux yeux des collègues, parents et élèves.

3.Testez.

Rome ne s’est pas faite en un jour et vous n’êtes pas obligeé.e de lancer la formule tambour battant sans prendre le temps de vous familiariser avec le projet. Ici, deux ans avant sa mise en place, c’est un collègue, désireux de faire lire ses élèves qui testa le quart d’heure lecture au sein de sa classe de 5eme et sur un format quotidien. Lorsqu’à la rentrée suivante, j’ai retrouvé ces mêmes élèves en 4eme, une des premiers questions posées en début d’année a été : « Madame, on va faire le quart d’heure lecture ? », ce à quoi j’ai bien évidemment répondu oui ! J’ai donc moi-même testé la recette sur mes deux classes de 4eme en optant pour un format semaine. Dans le même temps, ma collègue documentaliste imposait 20 minutes de lecture obligatoire au CDI avant de passer à une autre activité. Ce n’est que l’année suivante, si ma mémoire est bonne et en réponse à une directive ministérielle que nous nous lancions, fortes de cette expérience, dans l’aventure quart-d’heure lecture. Je ne peux donc que vous conseiller de tester le format sur une classe, vous serez plus à même d’en mesurer les bienfaits, les difficultés et de trouver déjà si besoin des leviers à proposer par la suite à vos collègues. 

4. Anticipez.

Autant vous le dire toute suite, il est possible que vous alliez parfois au devant des réticences de certains collègues dont les arguments sont d’ailleurs tout à fait entendables. Qui blâmerait les collègues de musique ou d’arts plastiques inquiets de voir leur seul et unique créneau être « amputé » de 15 minutes de cours ? Légitimes aussi les craintes des collègues d’EPS qui vous diront qu’il peut s’avérer compliqué pour eux de gérer le livre, le temps de lecture et les temps de passage aux vestiaires. Pour apaiser les inquiétudes, rien de mieux que de les inclure dans la réflexion, mais il peut être intéressant pour vous d’avoir déjà quelques éléments de réponses à leur proposer. Des caisses de livres préparés par votre collègue documentaliste et mises à disposition dans le gymnase pourraient aider à faire vivre le projet au sein du cours d’EPS, pour des raisons pratiques on peut d’ailleurs tout à fait proposer aux collègues de décaler leur quart d’heure lecture après le passage aux vestiaires ou en fin de séance. Quant au choix du créneau, là encore il doit être le fruit d’une réflexion collégiale où chacun aura pu porter ses arguments (point numéro 1).

Côté anticipation, il faudra aussi que votre CDI soit prêt, les taux d’affluence et d’emprunt une fois le projet lancé connaitront une forte augmentation et votre collègue documentaliste aura des récréations mouvementées. Au lancement du quart d’heure lecture, n’hésitez pas si vous êtes professeur de Lettres à proposer un livre en série à une classe. Livre que les élèves liront exclusivement en quart d’heure lecture. Pour ceux qui ont la chance d’avoir des réserves de français aussi riches que la caverne d’Ali Baba, l’équipe de Lettres peut alors devenir motrice du projet et en concertation décider d’alimenter en livres et si elle le peut tout un niveau ou plus. 

Anticipez aussi les oublis de livres, très fréquents au début. Caisses de livres dans les salles, pochettes de textes de dépannage, bibliothèque partagées en libre service … n’hésitez pas à proposer, à varier les formules et ne dérogez pas à cette règle : tout le monde doit avoir un livre. A ce titre, les oublis par les élèves peuvent être sanctionnés et le fait de posséder un livre en cours (personnel ou emprunté) peut très bien être mentionné sur les listes de fournitures scolaires. Et puis évidemment, le projet quart d’heure lecture peut aussi être l’occasion pour vous de vous lancer dans l’aménagement d’un coin lecture dans votre salle de classe ! (Pour les curieux.ses il y a même un article ici). 

5. Acceptez de prendre votre temps.

Et restons lucides, tous ne lirons pas, pas toute suite et pas l’intégral d’Emile Zola. Et alors ? Adaptez vos objectifs à votre public (sans vous tromper d’enjeux, le quart d’heure lecture n’est pas un temps de validation des compétences ou pire encore d’évaluation. ) et surtout acceptez de prendre votre temps, ce genre de pratique s’inscrit dans la durée et s’ancre avec les habitudes. Prendre son temps veut aussi dire démarrer doucement (voir notre numéro 3) et tenir le rythme, ne cédez pas confronté.e aux premiers obstacles.

6. Communiquez.

En amont, pendant, après, à toutes étapes du projet : co-mmu-ni-quez ! Vous êtes bien placé.e.s pour savoir que l’absence de cadre ou des consignes floues nuisent à la réalisation d’un projet ou d’un exercice, ici c’est pareil !

  • Avant le lancement du projet informez vos collègues et communiquez en interne une fois votre mode opératoire établi. Diffusez des consignes claires et précises : créneau choisi, attentes, gestion des oublis, objectifs visées, publications autorisées (ici par exemple nous avons proscrit les livres religieux et les magazines) … Indiquez une ou plusieurs personnes ressources à même de répondre aux questions de vos collègues.  
  • Peu avant le lancement, informez les classes, ici nous avions préparé à destination des élèves un power point qui indiquait en quelques diapositives les modalités et les objectifs du quart d’heure lecture. Les professeurs principaux en ont assuré la diffusion, la date de lancement et de brèves consignes étaient relayées par notre ENT ainsi que par affichage. En voici quelques extraits : 
  • Informez les familles, assurez-vous également de la bonne circulation de l’information auprès des familles, via votre ENT ou par un mot collé dans le carnet de liaison. Le plus simple est de faire viser et signer l’information et de la faire contrôler par les professeurs principaux ou par les professeurs de français. 
  • Faites vivre le dispositif : échangez sur vos lectures, partagez les coups de coeur de vos élèves ! Critiques de lecteurs sur l’ENT, BOOKFLIX sur les murs du collège, blog de classe, Padlet, valise des vacances, boîtes à livres en salle des profs … parlez livres ! Ma collègue documentaliste est formelle, c’est grâce au bouche-à-oreilles que les emprunts grimpent en flèches. 
7. Faites de ce jour, une fête !

Et si une fois prêts, vous fêtiez ce lancement en grandes pompes ! Organisez avec votre FSE et une librairie partenaire une tombola avec cartes cadeaux à gagner, mettez les clubs loisirs créatifs dans la boucle et décorez votre hall d’entrée à l’aide de banderoles faites en pages de livres, colorez les murs du collège à grands renforts de couvertures de livres et osez l’article dans le journal local ! Faire de ce jour une fête, c’est l’occasion de faire entrer la pratique de la lecture dans nos établissements par la grande porte, c’est lui donner toute l’importance qu’elle mérite et placer l’acte de lire sous le signe de la joie et du plaisir !  

8.Jouez le jeu.

Evidemment, on ne saurait que trop rappeler ici la valeur de l’exemple, mais une des conditions de réussite du projet est à mon sens le fait que les professeurs et les adultes de l’établissement jouent le jeu à 100 % ! Lisez devant eux, plongez dans votre livre avec délectation, rappelez à l’ordre les réfractaires par un « s’il-te-plait, je lis tu me déranges ! » ou un « chut, moi mon livre est vraiment bien, alors si tu n’aimes pas le tien, laisse-moi au moins profiter du mien ». N’oublions pas que demander aux enfants de participer au quart d’heure lecture, c’est au début « imposer » un temps de lecture à tous, ne pas se l’imposer à soi, c’est rompre le contrat. 

9. Variez. Modes de lecture, postures et ouvrages.

Un conseil, une astuce pratique et qui aide beaucoup si le projet s’essouffle, si les élèves rechignent ou si certain.e.s de vos collègues éprouvent des difficultés à se glisser dans le dispositif.

  • Varier les modes de lecture peut en effet vous permet de dynamiser ce temps de lecture, de relancer la machine ! Livre audio, lecture offerte (lecture à voix haute par le professeur), lecture relais (lecture d’une oeuvre préparée en amont et prise en charge par les élèves) sont des pistes à envisager. Efficaces certes, mais qui doivent selon, moi rester de courte durée, l’objectif étant de tendre vers la lecture autonome. 

  • Varier les postures, les positions de lecture peut également aider les élèves à se glisser dans la peau du lecteur silencieux. Adossé.e au mur, assis.e par terre, étalé.e sur leur table, debout … N’hésitez pas à conjuguer confort, lecture, bien-être et à inviter les élèves à rompre avec leur posture d’élève. Le quart d’heure lecture est un temps à part qui doit offrir d’autres modalités que celles à l’oeuvre dans un cours même si bien sûr les règles de vie demeurent. Et puis nous le savons tous, quoi de plus délicieux qu’un livre sous un plaid, lové dans un creux de canapé ? 

  • Varier, renouveler les ouvrages proposés aux élèves, offrir au sein de votre classe une large gamme de livres est également pour moi un facteur de réussite. Ici, le coin lecture et la bibliothèque de classe richement pourvue sont des alliés de taille ! Avoir lu et connaître les ouvrages qu’on y propose peut aussi grandement aider, les premiers temps je n’hésitais pas à conseiller mes élèves, à leur glisser selon leur goûts et leurs capacités le livre magique qu’ils allaient adorer. 
10. Lisez-jeunesse et ne vous en cachez pas !

Si vous n’en êtes pas déjà adepte, osez à cette occasion la Littérature jeunesse ! Vous y trouverez des merveilles ! Passionnée par la Littérature jeunesse depuis une dizaine d’années, c’est toujours grâce à elle que mes élèves sont devenus lecteurs.trices. Nos élèves sont des enfants, des adolescents, quoi de plus évident que de lire les livres écrits pour eux ? Plonger dans la Littérature jeunesse, c’est aussi et surtout s’offrir un point d’ancrage qui vous permettra de suggérer des ouvrages riches et variés à vos élèves. C’est se forger des références communes autour desquelles vous pourrez échanger. Et si vous ne savez pas par quoi commencer, votre libraire et votre collègue documentaliste seront deux alliés de choix, mais voici aussi quelques ouvrages et références qui sauront guider vos pas :

En quête d’un grand peut-être de Tom et Nathan Lévêque, décembre 2020.

Lire mon Instachronique.

La Brochure Incontournables : 2018-2020. Bruxelles : Fédération Wallonie-Bruxelles, 2020 un format PDF à télécharger ici .

Pour rappel, quelques liens vers les directives officielles : Ensemble pour un pays de lecteurs / Lire pour soi, lire à l’école / Se mobiliser en faveur du livre et de la lecture

Si vous tentez l’expérience, si vous avez des questions, des retours sur le projet ou que vous souhaitez simplement échanger sur la question ou même juste parler Littérature jeunesse, n’hésitez pas à me rejoindre sur Instagram ! En attendant, j’espère avoir été la plus complète possible et vous avoir surtout donné envie de vous lancer ! A très vite pour un nouvel article. 

Céline. 

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